Comment des éléments viraux anciens influencent-ils le risque de prééclampsie pendant la grossesse
Des éléments génétiques issus de anciens virus intégrés dans notre ADN jouent un rôle clé dans le développement du placenta et pourraient expliquer certains risques de prééclampsie, une complication grave de la grossesse spécifique aux humains. Une étude récente révèle comment deux de ces éléments, appelés LTR8B et MER65, modifient l’activité d’une protéine nommée PSG9, essentielle à la formation des cellules placentaires.
Le placenta est un organe qui évolue rapidement et diffère selon les espèces. Chez l’humain, il est particulièrement complexe et peut dysfonctionner, entraînant des maladies comme la prééclampsie, caractérisée par une hypertension et des lésions organiques chez la mère. Les chercheurs ont découvert que LTR8B agit comme un interrupteur génétique qui contrôle l’expression de PSG9, une protéine impliquée dans la fusion des cellules placentaires en une couche syncytiale, indispensable au bon déroulement de la grossesse. En temps normal, PSG9 existe sous deux formes : une ancrée à la membrane cellulaire et une autre sécrétée dans la circulation maternelle. MER65, un autre élément viral, permet la production de la forme sécrétée en modifiant la fin du message génétique de PSG9.
Chez les femmes atteintes de prééclampsie précoce, les niveaux de PSG9 sécrétée sont anormalement élevés. Cette augmentation est liée à une perturbation de deux facteurs de transcription, GATA3 et DLX5, qui régulent normalement l’activité de LTR8B. Lorsque LTR8B est supprimé expérimentalement, la production de PSG9 chute, et les cellules placentaires perdent leur capacité à se différencier correctement. Cela suggère que PSG9 pourrait servir de marqueur précoce pour détecter la prééclampsie, une maladie difficile à anticiper et qui met en danger la mère et l’enfant.
Ces découvertes montrent que des séquences virales, autrefois considérées comme des vestiges inutiles, ont été recyclées par l’évolution pour jouer un rôle crucial dans la grossesse. Leur dysfonctionnement pourrait expliquer pourquoi certaines femmes développent une prééclampsie, ouvrant la voie à de nouveaux tests de dépistage et à une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents à cette maladie. Les variations génétiques dans la région de PSG9, fréquentes selon l’origine ethnique, pourraient aussi influencer le risque individuel. Ces éléments viraux, en interagissant avec des gènes humains, illustrent comment l’évolution a façonné des fonctions biologiques essentielles, tout en créant des vulnérabilités spécifiques à notre espèce.
Sources du site
Source officielle de l’étude
DOI : https://doi.org/10.1186/s13059-026-03944-z
Titre : Endogenous retroviral elements LTR8B and MER65 rewire PSG9 regulation to control trophoblast syncytialization and pre-eclampsia risk
Revue : Genome Biology
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Manvendra Singh; Yuliang Qu; Amit Pande; Julianna Zadora; Florian Herse; Martin Gauster; Xuhui Kong; Rongyan Zheng; Rabia Anwar; Katarina Stevanovic; Ralf Dechend; Marie Cohen; Attila Molvarec; Jichang Wang; Miriam K. Konkel; Bin Zhang; Cedric Feschotte; Gabriela Dveksler; Sandra M. Blois; Laurence D. Hurst; Zsuzsanna Izsvák